"LA FETE DES COULEURS"
Exposition de Larissa NOURY-Shakinko
JEAN LAUGIER
Revue officielle du CENTRE D'INFORMATION DE LA COULEUR
"COULEUR"
№146 été 2001 page 9
Quittant l'autre soir la lumineuse exposition de
Larisa NOURY-Shakinko à la Galerie "C INTERNATIONAL", il me revint
en mémoire cette confidence que fit un jour Henri MATISSE à
Gaston DIEHL: "La couleur surtout et plus encore que le dessin est une libération".
Nul doute en tous cas que, dans cette "fête
des couleurs" qu'elle nous offre, cette artiste d'origine biélorusse
se libère du poids des contraintes formelle inhérentes à
tout création. Elle nous donne l'impression d'en jouer. Avec elle,
les rochers dansent et les arbres, en plein hiver; comme dans un conte, se
couvrent de fleurs de neige. Peint sur un miroir, un bouquet fait ici des
niches à la lumière. La liberté de l'artiste semble donc
avoir, seul, droit de cité. C'est du moins l'impression première
du visiteur. Mais au fur et à mesure que sa contemplation se prolonge,-car
chacun des toiles exposées fascine-, il s'aperçoit que cette
liberté apparente est en fin de compte structurellement maîtrisée.
Paysages comme compositions florales répondent de tout évidence
à une vision précise du réel bien que chaque fois transcendée
par ce vibrato de l'âme sans lequel ne se reconnaîtraient de l'artiste sa
griffe et sa facture. Il en est des œuvres picturales ou poétiques
comme des violons. D'ailleurs dans l'une de ces compositions florales , autour
du bouquet proprement dit, le pinceau de Larissa NOURY-Shakinko esquisse
des volutes de couleur qui font songer aux effleurements de l'archet. Et,
de même que ceux-ci feront s'épanouir les thèmes musicaux
au terme de cette montée chromatique d'où chaque couleur
semble naître, éclatera en ce qui est aussi architecte, avec
trois tableaux de la chapelle de Pampelune, peints à différentes
heures du jour, nous donne à voir que la courbe pure d'une ogive loin
d'être ce "mouvement qui déplace les lignes" porte l'esprit
à l'élévation. Ce triptyque en est une démonstration
exemplaire. Comme l'est la Sagrada Familia que Gaudi ériges à
Barcelone et que Larissa NOURY-Shakinko nous restitue en sa flamboyance baroque.
Si la couleur est aussi omniprésente en chacun de
ces paysages, l'architecture des ciels épouse souvent celle des pierres comme
dans ce magnifique tableau du Château du Queribus. Les lointains en sont
si envoûtants que nous avons l'impression de nous trouver sur le chemin
de ronde à moins que ce ne soit dans une montgolfière pour mieux
en apprécier les alentours. Il arrive que dans certains tableaux les
dominantes soient plus sombres mais les contrastes n'en sont alors que plus saisissants
comme cette "côte vermeille à Collioure" où les rochers,
je l'ai dit, paraissent danser sur la mer. Saisissants aussi ces remparts de
Carcassone. Mais le printemps et l'été apportent également
leur luxuriance, tel ce "Champ de lavande" où nous retrouvons l'exubérance
coloniale qui nous avait séduit dans les compositions florales.
Une petite suite d'improvisations à la lisière
de l'abstrait où la coloriste s'en donne à cœur joie, clôt
cette "Fête des couleurs". Remercions la Galerie "C INTERNATIONAL"et
sa directrice Bratislava TRAJCOVIC de nous avoir permis de découvrir
Larissa NOURY-Shakinko.
Galerie "C INTERNATIONAL",
15 rue des Blancs Manteaux 75004 PARIS